Est-ce que je fais vraiment de mon mieux ?

Article in english here (Un grand merci à Richard MORRIS pour sa traduction en anglais)

Je m’appelle Michèle Thiemann. Je suis une photographe et vidéaste française de 26 ans. J’ai décidé de changer complètement ma vie suite à une grosse prise de conscience sur l’état de notre monde et les conséquences auxquelles nous devrons faire face dans le futur. J’ai envie de t’expliquer comment j’en suis arrivée là, pourquoi je fais tout ça et ce que j’envisage de faire par la suite.      

J’ai vécu cette année 2019 comme un grand bouleversement. J’ai complètement remis en question ce que je pensais du monde, de la société et du sens que j’avais envie de donner à ma vie. C’est d’ailleurs la première fois que je me pose ce genre de questions : Pourquoi je suis là ? Est-ce que tout ce que je fais a vraiment du sens ? A quoi je sers ? Mais c’est aussi la première fois que je vois le monde dans sa globalité, sans être complètement concentrée sur ma propre personne et mon propre avenir. C’est la première fois que je réalise que mes choix ont des conséquences à l’autre bout du monde, que tout est lié.

Il y a 2 ans environ, en 2017, je finissais mes études de photographie aux Gobelins et je commençais tout juste à entrer dans la vie active. Petit à petit, je me documentais sur la manière dont j’envisageais de dépenser mon argent, sur ma consommation et mon impact sur la planète en général. Les articles et vidéos que je regardais m’orientaient toutes sur le fait d’agir « chacun à son échelle » via des éco-gestes tels que devenir végétarien, acheter bio, local, être zéro déchet… sans trop changer son mode de vie non plus. J’ai appliqué plus ou moins tous ces conseils pendant un an et j’étais assez fière de moi à ce moment-là, je trouvais ça même « amusant » de trouver des alternatives.

Mais j’ai voulu aller plus loin, mieux comprendre ce que je faisais et pourquoi je le faisais.

Il n’y avait aucune logique dans le fait d’être écolo à la maison et pas dans mon travail !

Au fur et à mesure de mes recherches, je devenais de plus en plus triste et déprimée par ce que je lisais. J’écoutais tous les scientifiques, politiciens, les chercheurs… et je réalisais que la situation était bien pire que ce que j’avais imaginé et que les petites actions n’allaient pas suffire. J’étais mise à terre par tous les faits accablants qu’ils énonçaient. Le scénario que nous vivons aujourd’hui est le pire et le plus injuste, et les scientifiques nous l’annoncent depuis plus de 40 ans. J’étais dépitée par ceux qui pensent qu’il est déjà trop tard, effrayée par l’éventualité d’un effondrement. Sans vous mentir, tout ça ne vendait pas du rêve… Et quand j’en parlais autour de moi, personne n’était vraiment prêt à changer son mode de vie, voire même on refusait d’entendre et d’aborder le sujet. 

A cette période, je travaillais dans une société de retouche photo pour de la publicité et de la mode. J’ai finalement pris conscience qu’il n’y avait aucune logique dans le fait d’être écolo à la maison et pas dans mon travail ! Dans ma tête, tous les efforts que je tentais de faire étaient réduits à néant par le seul fait de travailler pour le monde de la publicité, qui alimente toujours plus la surconsommation, et la mode, 2ème secteur le plus polluant au monde. Rien n’avait de sens dans ce que je faisais, j’étais complètement perdue. Je voulais tout arrêter. 

« De toute manière, nous ne pourrons jamais être parfaits, on n’a jamais demandé à venir au monde, et puis dans tout ça le but n’est-il pas juste d’essayer d’être heureux comme on peut ? Ce  n’est pas ce que tout le monde recherche, être heureux ? » me dit mon amie.

Elle n’a pas tort, au fond. J’étais tellement obnubilée par toutes les mauvaises choses autour de moi que ça me pourrissait la vie et me rendait complètement aigrie… et malheureuse. On peut faire du mieux qu’on peut, mais on ne peut pas être parfait dans toutes nos actions. Mais est ce que je fais vraiment du mieux que je peux ? Au fond, je fais seulement ce qui ne me dérange pas trop et ne me met pas vraiment en danger. J’essayais d’inclure l’écologie à ma vie alors qu’il fallait au contraire que ma vie entière se tourne vers l’écologie. C’était à moi de faire un effort. La terre nous a tellement donné, sans jamais rien demander en retour. Et maintenant qu’elle commence à mourir, par notre faute, ne mérite-t-elle pas qu’on lui accorde plus que quelques minutes de notre quotidien ? N’est-il pas temps d’arrêter complètement nos bêtises et de se battre pour sa préservation ? 

Pourquoi l’écologie en particulier ? 

Cette lutte regroupe tout et va bien au-delà de notre évolution personnelle, notre quotidien et notre environnement. Elle nous incite à réfléchir à ce dont nous avons vraiment besoin et nous met face à la réalité de notre société actuelle et aux conséquences de nos décisions. Elle nous pousse à nous remettre en question constamment, à considérer les êtres vivants et la nature comme des sujets et non des objets, à avoir des agissements plus conscients et respectueux. J’ai envie de penser qu’on peut agir tous ensemble, dans plusieurs domaines à la fois, chacun dans le domaine qui lui est propre et lui tient à cœur. Et pas seulement par développement des éco-gestes, c’est nécessaire, mais ça ne suffira pas, car il ne faut pas oublier que seulement 90 entreprises mondiales ont été à elles seules responsables de 63 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre… Ce n’est pas seulement nous qu’il faut changer, c’est le système tout entier. Et chaque action compte, aussi imparfaite soit-elle. 

Si nous n’arrivons pas à être libres et égaux entre nous (…) comment pourrons-nous faire évoluer notre façon de voir les autres espèces de cette planète ?

Il faut faire des actions directes, agir pour la protection des plus faibles, pour la biodiversité en général. Changer notre travail, nos transports, nos habitations, notre nourriture, agir pour la lutte contre la pollution de l’air, des océans… ou encore agir en profondeur au cœur même de notre système entier (économique, politique, social, éducatif). Car si nous n’arrivons pas à être libres et égaux entre nous, quel que soit notre sexe, notre genre, notre culture, notre religion, comment pourrons nous faire évoluer notre façon de voir les autres espèces de cette planète ? Les manœuvres pour agir sont multiples, il y a tellement à faire, défaire et créer. Je pense qu’il faut prendre ce combat pour l’écologie comme une opportunité de faire des choses dans lesquelles on est bon, mais aussi dans lesquelles on s’épanouit ! Vous imaginez si chacun d’entre nous mettez à profit ses savoir-faire et passions au service de cette cause ? La passion est un véritable atout qu’il faut mettre à profit dans cette lutte ! C’est parce qu’on est passionné qu’on arrive à se relever et évoluer après plusieurs échecs. On apprend mieux, on comprend mieux, on va plus vite ! 

Mais… C’est quoi la suite  ? 

J’ai compris que ne rien faire n’était pas la solution, voire même la pire chose à faire, car la destruction continuerait de toute manière.  

J’ai envie de faire des choses qui ont vraiment du sens pour moi, et qui me passionnent. Je me complaisais dans la retouche photo et cette vie tranquille, j’avais un travail qui me plaisait, des collègues formidables, des amis incroyables, un appartement, une sécurité financière. J’avais tout pour être heureuse et pourtant… j’ai tout quitté. C’est parce que la vie est courte, qu’il est important de lui donner un sens, c’est parce que notre temps est limité, qu’il faut l’utiliser à bon escient. Aujourd’hui, je décide d’utiliser l’entièreté de mon temps, de mes compétences et de ma passion de manière plus intelligente, au profit de l’écologie. 

Si nous arrivons à mieux nous comprendre et à mieux communiquer, nous arriverons à terme à mieux nous entraider et à anticiper les chocs à venir

Le réchauffement climatique concerne toute la planète, mais les conséquences, les moyens, les ressources et solutions ne seront pas les mêmes, car chaque pays est différent de par sa géographie, son environnement, son climat, sa culture, sa richesse. Je pense très sérieusement que pour affronter ce qui nous attend, il ne faut pas nous juger entre nous, ni avoir peur les uns des autres. La peur est souvent liée à l’inconnu, si nous arrivons à mieux nous comprendre et à mieux communiquer, nous arriverons à terme à mieux nous entraider et à anticiper les chocs à venir. 

Pour cette raison, j’ai envie de voyager dans un autre pays que la France, afin de m’ouvrir aux autres, mais aussi de vous documenter et de partager avec vous, à travers des reportages photos et vidéos, ce qui se passe ailleurs. Je veux rester longtemps dans le même pays, pour prendre le temps d’aller directement à la rencontre de groupes, associations, quiconque agissant concrètement dans cette voie- là. Je veux donner la parole aux personnes que l’on devrait tous entendre, apporter, au besoin, mon aide sur le terrain, découvrir leurs projets, leurs actions, leurs propositions et vous faire profiter de ce que j’apprends durant mon voyage. 

L’Australie est confrontée depuis plusieurs années à des phénomènes météorologiques extrêmes

Je vais débuter ce voyage par l’Australie car, outre le fait que ce pays apporte plusieurs avantages non négligeables pour le commencement de ce projet (pays anglophone, possibilité d’avoir un visa d’un an…etc), l’Australie est confrontée depuis plusieurs années à des phénomènes météorologiques extrêmes qu’il pourrait être intéressant de documenter. Par exemple, certaines régions font face à de grandes sécheresses , de nombreux incendies, des températures caniculaires, pendant que d’autres subissent de grandes inondations ainsi que des averses torrentielles. Mais aussi, à cause de l’augmentation de la température de l’eau, la grande barrière de corail subit depuis plusieurs années des épisodes de blanchissement dont certains d’entre eux entraînent sa disparition. La grande barrière de corail est, je le rappelle, le plus grand écosystème de récifs coralliens de notre planète.

Comment je vais gagner ma vie, financer ce voyage ? 

Pour être honnête je n’en aucune idée, et même si je sais que ça risque d’être compliqué, je ne veux pas que l’argent soit au centre de mes actions. Il faut arriver à voir autrement et à déconstruire certaines de nos pensées, car c’est aussi notre manière de penser qui nous a menés là où on est. Dans ce monde ultra matérialiste, le seul futur envisageable est celui de la sobriété. Vivre avec seulement l’essentiel, ce concept de la vie de voyageur me fascine ! Etre le plus minimaliste possible !

Tout au long de notre voyage nous serons à la recherche d’échanges collaboratifs, de partenariats.

Il faut savoir que je ne compte pas faire ce voyage seule ! En tout cas, au début. Mon cousin Neven, 21 ans, est lui aussi très affecté par ce qui se passe. C’est pour cette raison que je lui ai proposé de m’accompagner pendant ce voyage, afin qu’il puisse m’aider, mais aussi participer à ce projet, à sa manière, comme il le souhaite ! 

Nous allons voyager avec très peu de moyens, sans véhicule, privilégiant autant que possible toute solution respectueuse de la planète. De ce fait, tout au long de notre périple nous serons à la recherche d’échanges collaboratifs, de partenariats. C’est à dire, offrir notre temps et nos compétences (photos, vidéos, etc…), à des personnes qui recherchent de l’aide, en échange d’un lieu pour dormir, manger, se laver, travailler… Cette étape est assez importante car l’idée n’est pas de voyager vite et de voir le plus de choses possibles, mais de voyager longtemps dans un pays, afin de pouvoir passer plusieurs jours, voire semaines, en compagnie de ces personnes-là. J’ai envie de m’impliquer davantage dans la vie des gens (s’ils le veulent bien), pour comprendre leurs besoins, ce qu’ils vivent au quotidien. 

Où pourra-t-on me suivre ? 

Ce projet est une manière de transmettre le savoir et les connaissances que j’apprends tout au long du voyage. Les reportages, les documentaires, les séries photo, seront accessibles sur mon site internet, ainsi que sur ma chaine YouTube et mon compte Instagram. Cela permettra d’avoir un échange avec les personnes qui me suivent mais aussi de regrouper les initiatives, les innovations afin, je l’espère, d’aider, d’inspirer et motiver le plus de monde possible, et donner des pistes d’actions à toute personne voulant prendre part à la lutte la plus importante de notre époque. 

Ce voyage est pour moi un saut dans le vide et, sans vous mentir, j’ai peut-être un peu d’appréhension. Je quitte absolument tout pour m’engager entièrement dans l’écologie, alors que je n’y connais pas encore grand-chose. J’ai plein de questions sans réponse, je ne sais pas vraiment à quoi m’attendre et si ce que je vais faire va vraiment avoir un impact. Mais, malgré tout, je suis extrêmement contente de prendre cette décision et je reste très positive et confiante, car plus que de m’impliquer dans l’écologie, je me donne la chance de faire ce qui me passionne réellement et qui a du sens pour moi.

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N'hésitez pas à me contacter si vous connaissez toute personne en Australie susceptible d’être intéressée par le projet, ou si vous avez, vous-mêmes, des projets ou des questions à me faire part.

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  • « Petit manuel de résilience contemporaine » Cyril Dion
  • « Vers la sobriété heureuse » Pierre Rabhi
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